CHAPITRE TRENTE

 

 

-        Merci pour votre hospitalité, madame, dit Tris en prenant dans les siennes, une main de la femme devant elle.

-        Vous partez ? demande la mère de Mark.

-        Nous allons établir un petit campement près de votre étang pour deux ou trois jours, si cela ne gêne personne.

-        Vous venez pêcher ?

-        Oh non, nous ne sommes pas là pour prendre vos ressources, Mark a proposé de nous apprendre à nager… Il n’y avait plus d’eau à Chicago depuis des décennies, elle est revenue et nous avons besoin de ses compétences !

-        Mark va repartir avec vous ensuite ? demande la femme avec une pointe d’inquiétude.

-        Il est libre, madame, il fera ce qu’il souhaitera, répond la jeune fille avec un sourire compatissant.

-        Tris ! crie de loin Peter après avoir émis un sifflement strident. On est prêts !

Après un dernier sourire, Tris s’éloigne pour rejoindre ses compagnons de route. L’heure du déjeuner est passée depuis longtemps, tant la curiosité des villageois a été longue a satisfaire. Mais le jeu en valait la chandelle. Si toutes les animosités ne se sont pas envolées par magie, l’accueil a été finalement moins froid que prévu. Mark n’a pourtant pas levé ses conseils de vigilance, l’immense majorité du village ne s’est pas manifesté en faveur des visiteurs, ils restent donc des dangers potentiels.

L’étang n’est qu’à deux kilomètres, Mark immobilise le camion  à découvert, pour avoir une vision la plus large possible des alentours.

-        Prenez des forces, car cet après-midi, à la flotte ! dit-il d’un air narquois aux novices de l’eau.

L’équipe partage le contenu de conserves emportées avec leurs bagages, en échangeant sur les événements de la matinée. Tous imaginent le bonheur de Johanna quand Jeff lui reviendra. Tobias a promis de l’emmener, s’il le veut, quand le groupe repartira pour la suite de l’exploration du mur. Il sera facile de procéder à une rencontre à l’une des portes de la clôture, en demandant à Johanna de s’y présenter.

Tris essaie de se représenter le sacrifice qu’a pu faire Johanna, séparée de son fils pour une raison qu’elle ne connaît pas, sans doute dans des circonstances violentes ou désespérées. Le sérum de paix diffusé en continu aux Fraternels, puisqu’ils en mettaient systématiquement dans la recette de leur pain, avait sans doute permis à cette excellente femme de supporter la douleur de la séparation.

Tris ressent comme un poids dans son cœur de ne pas avoir pu connaître sa mère, se réchauffer dans ses bras, se consoler grâce à son sourire. Ce voyage n’est pas qu’un pèlerinage sur le lieu du décès de sa sœur, c’en est aussi un sur la terre qui a vu vivre sa mère, avant qu’elle ne consacre toute son existence à la sauvegarde de la paix, et des humains dans la cité close. Tris s’imprègne de ces paysages, de la vie de ces habitants écartés de toute considération pendant des décennies, car elle sent qu’ils lui fourniront les pièces qui manquent à son puzzle, les racines qui solidifieront son arbre de vie.

Ses compagnons ont revêtu les combinaisons thermiques fournies par le Bureau. Mark ne perd pas une miette de la silhouette de Christina, épousée par le vêtement de protection. Tris sourit. Son adoration frise la servilité, mais elle le pense sincèrement attachée à la belle jeune fille brune. Elle ne sait pas si Christina le repousse par manque d’attirance ou parce que le deuil de Will n’est pas terminé dans son cœur. Tris se promet d’avoir une conversation avec elle. Pour l’heure, la combinaison qu’elle a enfilée l’enserre tant que l’angoisse monte dans tous ses membres jusqu’à sa poitrine. A moins que ce ne soit le violent souvenir de sa chute dans le tunnel lors de la remise en eau du lit de la rivière, qui étreint ainsi sa gorge et lui pique les yeux. Il lui semble encore ressentir les pincements intolérables du froid dans son dos, sa nuque, jusqu’au bout des doigts et des pieds, alors que l’eau glacée l’enveloppait pour l’endormir. Beatrice craignait le pouvoir de l’eau aussi, son impuissance à la contrôler. Tobias lui a sauvé la vie ce jour-là et l’accident les a rapprochés, indéniablement, même si Tobias a continué de lutter pour garder ses distances.

Mark n’a pas enfilé de combinaison, la température de la mare ne lui pose pas de problème à cette époque de l’année. Il plonge. Quand il réapparaît, quelques mètres plus loin vers le centre de l’étang, il se retourne et invite le groupe à le regarder nager quelques mètres pour découvrir les gestes de base. Puis il leur demande de descendre dans l’eau. La combinaison protège les corps de la griffure du froid et de l’engourdissement. Mark passe auprès de chacun d’eau pour corriger les mouvements, donner les consignes, guider les gestes. Au bout d’une demi-heure, il sort de l’eau et les laisse, depuis le bord, continuer à s’entraîner, criant un conseil, critiquant un mouvement, corrigeant une posture. Les élèves sont plutôt bons. Tris peine à s’écarter du bord, Mark la repousse avec une longue branche. Il s’affaire à la préparation du campement, jetant un œil régulier à ses élèves, dictant un exercice pour fixer un mouvement plus rigoureux.

Quand les quatre novices aquatiques sortent de l’eau, transis de froid, la combinaison ayant cessé son effet protecteur, un grand feu brûle, autour duquel ils viennent se réchauffer. Sur un coin du feu excentré, une casserole d’eau bouillante exhale les odeurs des plantes que Mark y a fait infuser. Il les incite à boire tous un gobelet de l’infusion.

Tout en leur parlant du bord, Mark s’est occupé du bois, a lancé le feu et coupé des branches sur l’un des saules qui se penche dangereusement au dessus de la mare. Le plan d’eau a la forme d’un grand huit, l’eau opaque ne permet pas de savoir sa profondeur. Il est entouré sur tout une partie, sur le bord opposé au campement, par de nombreux arbres et arbustes. Les saules étendent leurs bras dégoulinants de tiges souples mouvantes au gré du vent, et de feuilles vert clair au dessus de l’eau, comme s’il voulait en atteindre le centre par compétition.

Pendant que ses amis se réchauffent de son infusion auprès du feu, Mark se lève et approche à pas de loup du bord de l’étang, le scrutant sans cligner des yeux, en marchant sur le bord en crabe. Il arbore un arc qu’il tient bandé à hauteur de son épaule, en visant la surface en miroir du plan d’eau, sur lequel se reflètent des étincelles de lumière fugaces. A peine la surface est-elle ridée par le déplacement gracieux d’insectes aux longues pattes semblant glisser sur l’eau. L’équipe le regarde avec curiosité et même un brin de moquerie.

-        Il y a un monstre dans l’étang, Mark ? le charrie Christina.

Sa flèche sommaire – un simple bâton droit taillé en pointe durcie au feu, avec une feuille enfilée dans une fente à l’autre bout – fuse soudain et disparaît dans l’étang. Mark la suit dans un plongeon puissant et tendu, qui dérange à peine la surface. Il remonte quelques secondes plus tard, tenant fermement dans ses bras un poisson énorme qui se tord vainement pour échapper à la flèche qui le traverse de part en part. Mark le lance loin sur la berge pour qu’il ne retourne pas à l’eau à force de remuer.

Christina regarde bouche bée le poisson. Elle n’en a jamais vu de si gros. Peut-être même qu’elle n’en a juste jamais vu du tout, sauf en image. Il est presque aussi large que la carrure de Mark. Il doit peser au moins cinq kilos.

-        Vous affolez pas, ce n’est pas le dîner ! C’est une carpe, ce n’est pas bon si sa chair n’est pas trempée une demi journée dans de l’eau vinaigrée. On peut aussi le faire sécher et le broyer. Les cochons en raffolent. Ma mère va venir le chercher.

-        Comment sait-elle que tu allais en attraper ? demande Tris, très impressionnée.

-        Parce que j’en attrape toujours, dit simplement Mark.

En fin d’après-midi, c’est Tom, juché sur Tonnerre, qui approche de l’étang, missionné par la mère de Mark pour ramener le poisson. A côté du cheval, un homme grisonnant marche en guidant la monture à l’aide de son licol. Mark va à la rencontre de son père et lui fait une franche accolade. La ressemblance ne peut laisser aucun doute sur leur lien de parenté. L’homme, taciturne et discret, se contente de saluer simplement les campeurs, mais il est manifestement heureux de revoir son fils.

Tris pense à toutes ces familles déchirées par la Cérémonie du Choix du temps des factions. Des séparations censées forger la soumission des novices à leur faction d’adoption, et à s’y sentir liés, tout lien antérieur étant brisé. Les « jours des familles », une par période d’initiation, ne pouvaient pas suffire à apaiser les blessures liées à ces déchirements familiaux. Elle soupçonne bien plus d’éliminations d’opposants que les habitants n’ont pu en avoir connaissance, pour juguler les rebellions contre ces règles inhumaines. Les disparitions soudaines chez les Audacieux ne devaient pas être les seules.

Une fois que le père de Mark est reparti avec le poisson, et Tom toujours à cheval, le groupe est sommé de retourner s’entraîner dans l’eau.

-        Il faut fixer les acquis par de l’entraînement régulier au début, dit Mark.

Tous retournent dans l’eau, le temps que la combinaison les protège du froid. Mark surveille les progrès, lance des conseils. Au bout de l’heure, tout le monde flotte même si la profondeur de l’étang ne permet plus de faire de pause pieds au fond. Pendant les exercices, Mark a taillé de nouvelles flèches pour son arc de fortune. Une fois les nageurs agglutinés autour du feu pour se sécher à nouveau, il s’éloigne avec son arme silencieuse.

-        On va sentir le poisson jusqu’à notre retour à Chicago ? se plaint Christina en secouant ses cheveux mouillés.

-        Cela nous aide à comprendre les difficultés de ces familles, dit Tris, fataliste. Mais j’ai l’impression d’avoir des écailles partout sur moi !

-        N’imaginez pas prendre deux douches par jour sur l’Hovercraft, les filles ! lance Peter. Il faudra vous habituer à sentir… la nature !

-        Je me demande ce qu’il met dans son infusion, c’est bon ! dit Christina en se servant un second gobelet.

-        Thym, menthe et ortie, lance Mark de loin en revenant vers le camp.

Embrochés sur deux de ses flèches, Mark porte sur l’épaule le produit de sa chasse : cinq oiseaux gris et noir n’ont pas volé assez vite pour échapper à son arc. Les yeux ronds de surprise, le petit groupe contemple les proies emplumées se balancer mollement sur les tiges de bois.

-        Alors c’est vrai, tu chasses aussi ? s’étonne Christina. C’est quoi ça ?

-        Le dîner ! Je l’ai dit, que je chassais. Ces balourds de pigeons sont tellement gourmands qu’il suffit de roucouler en lançant des miettes de pains pour qu’ils rappliquent en volant au ralenti !

Sa modeste explication soulève l’hilarité dans le groupe. Une fois revêtues leurs tenues d’Audacieux, plus chaudes et confortables que les combinaisons thermiques grises, les campeurs viennent prendre leur deuxième leçon de la journée : aucun d’eux n’avait jamais plumé d’oiseau auparavant ! Quelques fous-rires et cris stidents plus tard, provoqués par les hommes poursuivant les filles avec les entrailles des pigeons, les proies rôtissent au bord du feu.

-        Tu as une incroyable connaissance de la nature, souligne Christina, on peut pas t’enlever ça ! Les plantes, les pigeons maintenant !

Mark se penche sur elle et fait semblant de lui parler à voix basse :

-        Je connais même une plante contraceptive ! glisse-t-il assez fort pour que tout le monde entende.

Tobias sourit, alors que Mark se prend une millième bourrade dans les côtes. Tris s’étrangle de rire devant l’air faussement offusqué de son amie.

La nuit est tombée et Tobias retrouve sa méfiance de soldat.

-        J’ai tendu des fils autour du campement, dans les buissons alentour, explique Mark, ils sont reliés à des branchettes très cassantes. Si quelqu’un se prend les pieds dans les fils, les branches casseront en faisant du bruit.

-        Nous organiserons des tours de garde toutes les deux heures, approuve Tobias.

Mark distribue les pigeons rôtis. Tris va s’asseoir près de Tobias pour mordre dans la chair de son pigeon. Le contact avec le jeune homme lui manque. Depuis leur départ en mission, Tris expérimente la frustration et l’oppression impatiente qu’elle provoque dans sa poitrine. L’éducation Altruiste de Tobias lui a inculqué une retenue en public que Tris regrette autant qu’elle la fait sienne. La jeune fille se contente de se serrer contre lui pour profiter de la viande providentielle rapportée par leur compagnon.

-        Mark est vraiment étonnant, non ? lui dit doucement Tris. Cette viande est délicieuse. Sa science de la nature est fantastique !

Tobias fixe sa petite amie. Il a parfaitement saisi son allusion, Tris n’a pas besoin de développer.

-        Tris… commence Tobias, les sourcils froncés.

La jeune fille pose le bout de ses doigts sur ses lèvres pour le dispenser de se poursuivre.

-        Ne te justifie pas. Tout le monde a confiance en toi ici, tu es le chef de cette expédition, et tu feras ce qu’il faudra, souffle-t-elle à voix basse.

Tobias sourit doucement et enserre de son bras les épaules de sa petite amie.

-        Je vais prendre le premier tour de garde, lui dit-il en la regardant intensément. Va te reposer avec les autres. Je viendrai te réveiller pour me relayer dans deux heures.

Tris acquiesce et va avec ses compagnons s’installer dans le camion. Tobias vérifie son armement et repère les fils piégés installés par Mark. Ce dernier le rejoint. La nuit est totale et le feu rougeoyant projette des ombres inquiétantes sur le camion tout proche.

-        Je vais faire le premier quart avec toi, Quatre. Il est préférable d’être deux, pour se tenir éveillés. Peter et Tris nous remplacerons. Ça te va ?

-        C’est ton monde ici, ok.

Les deux hommes s’installent sur des pierres chacun scrutant une partie opposée du camp.

-        Merci, Mark, pour… tout ça, murmure Tobias à Mark.

-        Grâce à Tris, j’ai eu du travail, et j’ai rencontré Christina. Elle, elle m’a hébergé et appris beaucoup de choses. C’est mon tour.

-        Il… ne faut pas en vouloir à Christina, elle a perdu… quelqu’un de cher, c’est dur de s’en remettre. Je sais de quoi je parle…

-        On a tous perdu des proches, tu sais. Mais je ne lui en veux pas, comme je l’ai dit pour les gens de mon village, la guérison ne prend pas le même temps pour tout le monde. Le pardon est plus difficile que l’oubli. Et… l’amour, ça ne se commande pas, conclut Mark avec un petit sourire triste. Je suis heureux d’avoir pu connaître Christina, elle est… solaire !

-        Solaire… c’est beau, Mark, dit Tobias en levant les sourcils, impressionné par la comparaison.

Mark se penche pour ramasser une poignée de terre sableuse à ses pieds. Il connaît chaque recoin, chaque matière, chaque plante de sa région. Chaque bruit aussi.

-        Tu te souviens, Quatre, de ce que tu m’as dit, au siège des Audacieux ? Si tu abandonnes....

-        Oui, je sais. On n’y croit pas, au début, mais on finit par se relever, grâce aux amis, à l’entourage.

-        Je ne parlais pas de Christina, mais de ce que tu fais en ce moment.

Immédiatement, Tobias se met en alerte, sans bouger un cil. Ce qu’il fait en ce moment, c’est le guet. Mark l’avertit qu’un danger approche.

-        Tu as sans doute raison, approuve Tobias très tranquillement pour lui signaler qu’il comprend. Et que faudrait-il que je fasse, à ton avis ?

-        Dans la vie, il y a des moments où il faut savoir accepter l’aide qu’on nous offre, et puis… foncer droit devant.

Tobias comprend parfaitement l’allusion. Il ramasse négligemment son gobelet métallique vide, et tend le bras pour taper plusieurs fois très fort sur la carrosserie du camion. Le bruit résonne dans tous les environs :

-        Debout ! Exercice de nuit, comme prévu ! crie-t-il à l’attention des trois comparses endormis dans le véhicule.

Dans le camion, Christina, Peter et Tris se réveillent en sursaut.

-        Mais qu’est-ce-que…. ! commence Christina.

Mais Tris saute sur son amie et l’enjoint immédiatement au silence en plaquant sa main sur sa bouche.

-        Ouais, on arrive ! crie Tris. Puis elle reprend tout bas : il se passe quelque chose, vite ! Cet exercice n’était pas prévu !

Peter et Christina sautent sur leurs pieds et saisissent leur arme sans un bruit. Tris sort en premier et rejoint Tobias en souriant comme si la situation était normale :

-        Tu es dur ! se plaint-elle.

Christina et Peter braquent leur torche sur Tobias et Mark, la main sur leur arme à la ceinture. Ce dernier montre discrètement dans le faisceau de lumière aux équipiers quatre puis trois doigts. Sept.

-        Souvenez-vous des exercices pendant l’initiation, on doit tous participer, glisse Tobias en se redressant, pour tenter de leur expliquer.

Mais cette fois, la discussion soi-disant anodine ne fait plus illusion, les « visiteurs » se savent découverts et s’élancent. Le craquement provoqué par la progression des agresseurs se fait entendre : le piège a marché et les ombres passent à l’attaque. Tobias hurle :

-        Attention, les voilà ! Visez les membres !

Aussitôt, Tobias s’élance aussi, les torches posent leur rayon sur des hommes vêtus de noir et cagoulés qui approchent d’un bond du groupe. Le feu projette une lumière faible sur la scène, mais assez pour matérialiser l’attaque des hommes. L’un d’eux se précipite sur Mark, celui-ci lui lance au visage la poignée de terre sèche qu’il a ramassée une minute plus tôt. L’homme crie et stoppe net en se frottant les yeux. Mark saisit vivement la casserole d’eau chaude posée au bord du feu et envoie son contenu sur les mains de l’agresseur pour qu’il lâche son arme. L’homme hurle sous la brûlure, se précipite vers l’étang et y saute pour calmer la douleur cuisante occasionnée par l’eau bouillante.

Pendant ce temps, les autres attaquants se sont jetés sur les campeurs.

Des coups de feu déchirent la nuit, provenant des agresseurs ou des co-équipiers, personne ne sait. Des cris zèbrent l’obscurité. Les ex-Audacieux répondent, et les coups pleuvent. Deux hommes s’en prennent à Tobias, tentant de neutraliser celui dont ils ont bien identifié qu’il dirigeait les opérations, Tobias blesse l’un d’eux à la jambe d’un puissant coup de pied, et il s’effondre en gémissant. Quatre hommes se jettent sur les filles et Peter. Les réflexes des exercices de combat ressurgissent en une seconde et Tris désarme d’un coup de pied l’homme qui s’est élancé sur elle. D’un coup de coude à la tête, elle l’envoie au sol. L’homme balaye ses pieds pour la faire chuter. Elle roule sur le côté, dégaine et elle lui tire dans le bras pour le neutraliser. L’homme hurle de douleur. Il parvient à se relever prestement et prend ses jambes à son cou, une main pressée sur sa blessure.

Peter, aux prises avec deux hommes, est en difficulté. Désarmé par un coup, assailli de toutes parts, seul son entraînement d’Audacieux lui permet d’esquiver quelques poings. Mark arrive par derrière en courant et fouette le visage d’un des assaillants de son arc en bois de saule. Peter en profite pour finir de l’assommer en projetant son comparse sur lui violemment. Un coup de feu retentit et le second assaillant s’écroule en criant : Tris vient de lui tirer une balle dans l’épaule, juste quand Tobias parvient à se débarrasser de son deuxième adversaire, et se retourne vivement pour porter secours à ses compagnons.

Christina, elle, s’est jetée sur son agresseur, et a utilisé sa petite taille pour le frapper des poings dans les côtes et du genou dans le bas-ventre. L’homme tombe à genoux en gémissant. C’est Mark qui accoure pour lui porter secours et achève de l’assommer d’un violent coup de pied dans la mâchoire.

Trois agresseurs ont pu prendre la fuite, dont un par l’étang dans lequel il s’est jeté. Trois des quatre assaillants maîtrisés sont blessés par balle. Peter et Tobias ligotent vivement leurs mains dans le dos, ce qui leur arrache des cris de douleur.

-        Pas mal, Pète-Sec ! s’écrie Peter en voyant les blessures des agresseurs. Tu tires mieux que ta sœur, ça me rassure !

-        Je te conseille vivement de ne pas aller sur ce terrain ! lui intime Tobias entre les dents.

Peter n’insiste pas. Mark arrache les cagoules des assaillants neutralisés. Le feu produit assez de lumière pour montrer son visage affichant une immense déception. Manifestement, il connaît les hommes.

-        Qu’est-ce-qui vous prend les gars ? Vous êtes cinglés ? leur crie-t-il. Pourquoi avez-vous attaqué mes amis ?

-        Amis ?! crache l’assaillant indemne. Ces gens nous ont affamés, tyrannisés, ils ont enlevé nos enfants !

-        Tu te trompes, Tony, pas eux ! Ils viennent de la ville, ils ne savaient rien de ce que faisait le Bureau !

-        Ils t’ont retourné le cerveau Mark !

-        Tu ne sais pas de quoi tu parles, va à la ville, renseigne-toi et tu verras que je dis vrai, abruti ! Ces gens m’ont accueilli, nourri, ils m’ont donné un travail, un avenir ! Et aucun habitant de la Marge n’a été rejeté ou chassé !

-        Rien n’effacera le passé ! enrage le dénommé Tony.

-        Non, et ces attaques inutiles non plus ! Vous ne faites qu’entretenir la haine et la violence ! Tu as souffert, Tony, mais toi seul es responsable de ta souffrance d’aujourd’hui !

Derrière les hommes réglant leurs comptes, Tobias entend tout à coup un petit bruit de vêtements. Tous se retournent, Christina vient de s’affaler par terre. Mark se rue sur elle en même temps que Tris.

-        Chris, qu’est-ce-que tu as ? s’écrie Tris alors que Tobias approche précipitamment de son amie étendue au sol.

Christina ne répond pas tout de suite, Mark la saisit par les épaules et sent un liquide chaud et poisseux sur sa main, la jeune fille saigne.

-        Je sais pas, j’ai le vertige… finit-elle par dire.

-        Elle est blessée ! s’écrie Mark.

-        Tris, la trousse de secours, ordonne Tobias.

La jeune fille se précipite dans le camion pour chercher la boîte contenant quelques accessoires de premiers soins. Tobias retire la veste de Christina pour observer sa blessure, la faisant geindre. Mark file au camion et ramène une grosse poignée de plantes et une bouteille d’eau, il récupère la casserole qu’il a jetée, y mélange ses plantes et l’eau et pose le tout sur le feu. Plus personne ne s’occupe des quatre agresseurs ligotés, dont trois sont également blessés. Tris revient avec la boîte et se jette près de son amie. Après avoir examiné le bras de Christina, Tobias rassure ses amis :

-        Ce ne sera rien, Christina, la balle t’a éraflé le bras et est ressortie, tu perds un peu de sang mais rien de grave. Tu peux t’asseoir.

-        Je n’ai rien… senti, balbutie Christina en se redressant.

-        C’est normal, l’adrénaline t’a maintenue en action pendant la bagarre. Mais après, la tension chute brutalement, et la douleur peut n’arriver qu’à ce moment-là, explique Tobias.

Peter, assis sur une pierre près du feu pour reprendre son souffle, observe la scène, impuissant.

-        Je peux faire quoi ? demande-t-il, essoufflé par l’affrontement qu’il vient de subir.

-        Surveille les prisonniers, lance Tobias, il ne faut pas qu’ils s’enfuient.

-        Je fais avoir besoin de bandes de tissu propre, dit Mark. Trouve-moi ça dans le camion, s’il te plaît Peter.

Peter s’exécute et revient en courant avec un tee-shirt qu’il déchire en bandes, en gardant un œil sur les hommes ligotés au sol. Mark malaxe dans la casserole d’eau qui tiédit, les feuilles qu’il y a jetées pour en faire une sorte de pâte.

-        Qu’est-ce-que tu fais avec ta salade… marmonne Christina.

-        Ma « salade » comme tu dis, du plantain, fera un cataplasme sur ta blessure, ça évitera qu’elle s’infecte, répond Mark concentré sur sa décoction. Te plains pas, si j’avais le temps, il faudrait que je la mâche avant de l’appliquer ! Je te prépare aussi une infusion de plantain et d’écorce de saule, ça diminuera la douleur. Tu en boiras plusieurs fois par jour.

-        Comment tu sais tout ça ? s’étonne Tris, rassurée par l’état de santé de son amie.

-        Je vous l’ai dit, je descends d’un botaniste qui a vécu dans la région il y a très longtemps. Il a écrit des livres sur les plantes sauvages curatives et comestibles.

-        Tu es un homme précieux, Mark, répond Tris.

Mark sourit, mais il reste concentré sur ses plantes, il veut soulager rapidement sa chère Christina. Il aplatit les feuilles de plantain ramollies, les applique sur la blessure et bande le bras par-dessus. Puis il sert une tasse de l’infusion d’écorce de saule à Christina.

-        Bois tout, lui dit-il fermement.

Christina trempe les lèvres dans le breuvage et le recrache aussitôt.

-        C’est horrible ! C’est amer !

-        J’ai pas dit que c’était bon, mais que c’était anti-douleur ! Bois !

Christina fait la grimace mais obtempère et bois toute la tasse en frissonnant de dégoût.

-        Tu me paieras ça, Mark ! lui dit-elle d’une voix écœurée.

-        J’ai l’habitude ! réplique Mark en souriant. Puis s’adressant à Peter :

-        Essaie de les faire asseoir dos à dos, je vais leur en donner aussi, merci Peter.

-        Ces fous furieux voulaient nous tuer ! conteste Peter en les désignant du doigt. Ça m’amuse beaucoup de les voir souffrir !

-        Ce ne sont pas des assassins, ils sont plus stupides, revanchards et voleurs que méchants. Ils voulaient sans doute vos armes, des vivres, des vêtements. Ils ne s’attendaient pas à autant de résistance, les Audacieux ne venaient pas ici avant ! Et les gens du Bureau tiraient d’abord et posaient les questions après ! Le chef du village va s’en occuper, ils seront punis par la communauté. D’ailleurs, il va arriver avec quelques « agents de sécurité », ils ont sûrement entendu les coups de feu.

-        Quatre ? demande Peter pour se faire confirmer la consigne.

-        Fais comme il dit, ces hommes seront livrés à la justice des leurs, répond Tobias.

Peter lève les yeux au ciel, son seuil de magnanimité est largement dépassé, mais il se souvient amèrement de la seule fois où Quatre l’a assommé, quand il a tenté de jeter Beatrice au fond du gouffre des Audacieux. Il n’en est plus là, mais pour autant, il n’a pas envie de s’opposer au leader du groupe. Il va donc tirer sans ménagement les hommes au sol et les place dos à dos, en changeant leurs liens de côté pour qu’ils ne puissent pas se les défaire mutuellement. Les hommes grognent alors qu’il les déplace. Puis il donne à boire aux blessés un gobelet de l’infusion de Mark.

Mark aide Christina à se lever et l’accompagne en la soutenant, pour s’installer dans le camion.

-        Essaie de dormir maintenant, recommande-t-il, on s’occupe du reste. Tu as de la chance : fini la natation pour toi !

-        Merci, Mark, pour tout, dit Christina gentiment, en tentant d’oublier les élancements qui vrillent tout son corps, en partant de son bras.

Mark revient vers ses compagnons près du feu. Il annonce :

-        J’entends les chevaux, le chef arrive, annonce-t-il à Tobias. Puis aux arrivants : Chef ! Par ici ! On a été attaqués ! On a des prisonniers !

-        Mark ? lance la voix.

-        Oui ! Venez !

De puissantes torches éclairent le chemin où marchent les chevaux. Les trois cavaliers arrivent près du camion et mettent pied à terre.

-        Qu’est-ce-qui s’est passé ici ? dit le chef.

Mark présente ses co-équipiers et raconte l’attaque. Le chef voit les quatre prisonniers. Il ordonne à l’un de ses accompagnateurs de ramener le prisonnier indemne au village, de l’enfermer, et de revenir avec un attelage et l’infirmier du village pour les trois autres. Durant une heure, le chef interroge chacun, équipe comme agresseurs. Puis Tobias explique la raison de leur venue, évoque le projet d’extension du lac.

-        Je ne pense pas que nous serons encore inquiétés, dit Mark. L’attaque de ce soir va faire le tour de la région, les fuyards vont raconter.

-        A moins qu’ils ne reviennent plus nombreux… suggère Peter, méfiant.

-        Les gens d’ici ne sont pas des mercenaires organisés, ce sont de pauvres gens qui ont du mal à se remettre de la traque du Bureau, explique le chef. Ce sont au pire des voleurs bornés.

-        Chef, nous ne voulions pas perturber votre vie ni votre environnement, assure Tobias. Mais nous prenons au moins conscience comme ça de vos difficultés. Croyez bien que j’userai de mon influence auprès de la Gouvernance de Chicago pour pouvoir vous apporter toute l’assistance possible aux familles qui souhaitent rester vivre ici, et le meilleur accueil à ceux qui voudront venir vivre en ville.

-        Merci, approuve le Chef.

-        Monsieur, la ville, le Bureau, la Marge, tous ces milieux ont été déchirés par des luttes et des guerres fratricides, complète Tris. Personne plus que nous ne désire la paix, nous avons perdu trop d’être chers, il faut que ça cesse. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues. Tout comme les mauvaises volontés seront combattues.

-        Evidemment, répond le Chef.

Quand il repart avec les trois prisonniers, il est plus de minuit. Tobias prend le temps d’attirer Tris un peu à l’écart :

-        Tris ? Ça va ?

-        Je… c’est la première fois que je tire sur quelqu’un… Ils vont… s’en sortir ?

-        Je pense que oui, tu t’es bien défendue, tu as bien tiré, surtout compte tenu de l’obscurité et des combats, et respecté les consignes, tu as été extra… lui dit-il en prenant sa bouche.

Enfin ! Tris n’attendait que ses lèvres depuis des heures, des jours, des siècles. Les tensions du combat retombent et Tris se serre contre Tobias. Elle a affronté son premier combat réel et tout l’acharnement qu’elle a mis à l’entraînement lui a peut-être sauvé la vie, ainsi qu’à ses amis.  Elle savoure ce baiser avec délectation. Toute la force tranquille de Tobias, à l’opposé de sa propre rage bouillante, s’écoule de sa bouche dans sa gorge et descend dans sa poitrine, comme un antidote à toute la laideur, la violence des hommes. Tobias est l’antithèse de tous ces vices. Il lâche doucement sa bouche, et Tris n’arrive plus à rouvrir les yeux, soudés par le bien-être.

-        Viens, retournons dans le camion, il faut te reposer un peu, lui glisse Tobias au creux de l’oreille.

Les quatre compagnons encore debout remettent de l’ordre dans le camp malmené par les bagarres et s’installent dans le camion pour dormir quelques heures.

Le lendemain matin, comme à son habitude, Mark est réveillé le premier. Il sort du camion, ravive le feu et met de l’eau à chauffer avec deux poignées de ses plantes curatives de la veille. Puis il s’éloigne du camp quelques minutes. Ses mouvements réveillent les autres, tout le monde se lève. Christina grimace en tenant son bras. Tris fait chauffer une autre casserole d’eau pour faire de la chicorée. Dès que l’eau fume en surface, elle en sert dans les gobelets qui se tendent vers elle puis elle s’installe tout près de Tobias. Le jeune homme est content de pouvoir la prendre par les épaules, leurs contacts sont limités depuis des jours, cela lui manque. Il pose un baiser sur les lèvres de Tris et boit avec délice la boisson aromatisée.

Quand Mark revient quelques minutes plus tard, il tient d’une main, par les oreilles, un lapin et de l’autre une poignée de plantes terminées par de toutes petites fleurs violettes, fraîchement arrachées avec leur racines.

-        Chérie, comment va ton bras ? lance-t-il dès qu’il la voit.

-        J’ai mal, mais ça va, répond Christina sans même râler contre son petit mot doux. Tu as encore chassé ? Cette nuit ?

Sous le regard effaré de ses quatre amis, il explique que le malheureux animal s’est pris dans l’un des collets posés la veille pendant qu’ils s’entraînaient à la natation.

-        Je m’occuperai de le préparer pour midi, dit-il tranquillement, pendant que vous nagerez ! Je vais refaire ton cataplasme Chris.

Mark enlève le bandage. La plaie est rouge et gonflée mais elle ne saigne plus et elle ne s’infecte pas, il est content de son aspect. Il récupère dans l’eau les feuilles de plantain cuites et tièdes et reforme le bandage avec une nouvelle bande de tissu. Puis il sert l’infusion d’écorce de saule à Christina qui fait la moue.

-        Bois, ça calmera un peu la douleur, lui dit-il fermement.

La jeune fille, étonnamment, ne proteste plus et obéit. Elle s’empresse ensuite de réclamer de la chicorée pour dissiper l’amertume du saule dans sa bouche.

Tris, Tobias et Peter retournent ensuite s’entraîner à la nage. Peter semble doué et progresse rapidement, traverser l’étang ne l’impressionne plus.

Pendant ce temps, Mark, assis près de l’étang, surveille ses élèves en dépeçant son gibier, et lance quelques conseils. Il arrange avec quelques branches une broche improvisée au-dessus du feu et y place le lapin à cuire doucement. Christina, chargée de la garde grâce à son bras droit indemne, surveille les environs et scrute du coin de l’œil tous les gestes de Mark avec intérêt.

-        C’est dingue tout ce que tu sais faire ! s’émerveille-t-elle avec une sincérité que son éducation ne peut pas totalement dissimuler.

-        On devient débrouillard quand on vit ici et qu’on n’a que ça, commente Mark en lui souriant malicieusement. Je suis content de pouvoir vous être utile. Ton bras, ça va ?

-        Ouais, ton eau chaude amère, c’est horrible, mais ça soulage un peu, c’est vrai, merci, concède Christina.

Quand les combinaisons ne les protègent plus du froid, Tobias, Tris et Peter sortent de l’eau, transis.

-        Venez par-là, propose Mark, j’ai fait chauffer de l’eau pour vous rincer, l’eau sent un peu la vase dans les étangs.

Tris s’approche vivement, très intéressée par la proposition, ses cheveux son emmêlés et ternis par l’eau opaque de la mare. Mark saisit une poignée des plantes qu’il a ramenées avec le lapin et frotte dans ses mains les tiges et les racines, avec un peu d’eau. En quelques secondes, une mousse verdâtre apparaît entre ses mains.

-        Prends la mousse, Tris, c’est de la saponaire, c’est comme du savon, tu peux te laver avec et te rincer ensuite avec l’eau tiède, je l’ai filtrée dans un tissu. C’est pas du gel douche mais c’est un bon substitut.

Tris ne se fait pas prier, deux minutes plus tard, elle accepte avec délice l’eau chaude sur ses cheveux que Tobias lui verse doucement. La mousse emporte avec elle les résidus qui ternissaient ses cheveux. Peter et Tobias en font autant, puis Mark propose à Christina de l’aider à rincer ses cheveux noirs pendant que ses amis revêtent des tenues plus chaudes et confortables dans le camion.

Ensuite, tous demandent à voir l’emplacement et la technique des collets que Mark a utilisés pour piéger le lapin. Il leur explique comment il a observé leurs lieux habituels de passage grâce à leurs traces et leurs déjections, et formé une boucle terminée par un nœud coulant, fixé à une plante solide, avec le fil fin emporté dans le camion. Une fois empêtré dans le fil, plus l’animal tire, plus il s’emprisonne.

De retour au camp, le lapin plusieurs fois retourné sur l’axe de la broche embaume tout le camp. Chacun savoure, à l’heure du déjeuner, un bon morceau de la viande inédite.

-        C’est rudement bon ! félicite Christina en mordant dans une cuisse du lapin. On dirait du poulet, en mieux !

-        Ouais, c’est bon, confirme Mark. Vous jetterez les restes au feu, pour ne pas attirer les mouches et les charognards, c’est mieux.

Tobias jette un œil à sa petite amie, avec un sourire de connivence, puis il s’adresse à Mark :

-        Mark, ta connaissance de la nature est impressionnante. Nous serions fous de partir sur le lac sans toi. Si tu y tiens toujours, viens avec nous…

Tris sourit à Tobias en retour. Elle avait raison de lui faire confiance, il a su prendre en compte l’avis de ses co-équipiers, et revenir sur une décision inappropriée. Surtout, il a su dépasser sa méfiance naturelle, de nature à pénaliser le groupe tout entier.

En réalité, Tobias a beaucoup réfléchi. Même si la douleur s’est miraculeusement tue quand il pense à Beatrice, certains souvenirs de leurs disputes, de leurs secrets, lui reviennent en mémoire, comme des avertissements. Tris, malgré son inexpérience, a déjà montré souvent sa sagesse. Il doit apprendre à faire confiance, plus qu’il ne l’a fait dans le passé.

 Mark, pas plus surpris que ça, lui adresse un sourire reconnaissant en hochant la tête. Il a joué sa meilleure carte, et il a gagné sa place parmi eux. Christina, elle aussi, sourit.